Mon meilleur ami essaye de me rendre jalouse

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Comment Énerver son Ex? | Astuces Pratiques et Rapides

C’est un fait, beaucoup de lecteurs se posent la question suivante: comment énerver son ex?

Après tout, vous n’avez peut-être pas tort, car que ce soit pour se venger ou pour récupérer son ex, l’énerver peut réveiller sa curiosité et servir votre cause!

Vous cherchez des astuces simples, pratiques et rapides pour enrager votre ex? Nous vous dévoilons tout de suite quelques idées à appliquer dès que possible pour un effet garanti!

Énerver son ex grâce au silence radio

La prise de distance

Votre ex est sans doute habitué à ce que vous lui courriez après.

D’ailleurs, vous avez peut-être pleuré lors de la séparation et il se pourrait même que vous ayez commis plusieurs interdits (envoyé des tonnes de SMS, fait une crise de jalousie, pourri sa messagerie, etc.).

Bref, votre ex a bien compris que vous étiez accro ou au contraire, que vous lui en voulez.

Il ne vous reste donc une option maintenant : entrer en silence radio!

Qu’est-ce qu’un silence radio?

Le Silence radio est le fait de prendre ses distances avec quelqu’un du jour au lendemain.

Il existe plusieurs versions du silence radio, vous pouvez choisir un court, un moyen ou un long en fonction de votre objectif mais aussi de la relation que vous avez entretenue avec votre ex.

Nous proposons également des silences radio plus ou moins strict, toujours en fonction de la relation que vous avez avec votre ex.

Le seul fait de ne plus donner de nouvelles du jour au lendemain permet généralement d’Énerver son ex. Celui-ci se demande ce qu’il se passe et son ego en prend un coup!

Votre ex avait pour habitude de se vanter du fait que vous lui courriez après?

Cette époque est révolue et il va lui-même s’humilier s’il continue à diffuser ce genre d’information.

Durant votre Silence radio, vous vaquerez à vos occupations et vous en profiterez pour Oublier votre ex, savourer votre victoire et pourquoi pas, si le cœur vous en dit, préparer votre reconquête amoureuse.

Rendre jaloux son ex pour l’énerver

Même s’Il fait croire qu’il n’est pas jaloux, il y a fort à parier que votre ex tient encore à vous et que vous voir avec quelqu’un d’autre ne l’enchante pas.

Vous avez envie de « Le faire chier » ? De Le narguer afin de L’énerver ?

Pourquoi ne pas Le rendre jaloux ?

Aujourd’hui, les réseaux sociaux nous permettent de faire ce que l’on veut et de diffuser une quantité impressionnante d’images sur le web.

Affichez-vous en charmante compagnie lors de soirée, n’hésitez pas à être tactile au moment du cliché (si vous êtes une femme, mettez votre main à plat sur le torse de celui qui vous accompagne.

Si vous êtes un homme, tenez la fille par la taille et laissez bien apparaître votre main sur le devant, pour que votre ex ne rate rien du spectacle).

Evidemment, si vous croisez votre ex en soirée, faites la même chose et rapprochez-vous des plus beaux/belles inconnu(e)s!

Statut Facebook pour énerver son ex

Il est toujours délicat de poster un Statut pour énerver son ex sans se ridiculiser.

Par exemple, un quitté qui poste « de toutes façons je ne t’aimais pas, bon vent! » ne sera pas du tout crédible!

Au contraire, celui qui lit cette phrase comprend tout de suite l’amertume, la nostalgie et la tristesse de celui qui l’a écrite. Vous devez donc réussir à poster un statut plus subtil, plus évocateur et moins déprimant.

Phrases pour énerver son ex sur Facebook

  • C’est un plaisir honteux que de voir son ex avec quelqu’un de plus laid que soi…
  • Ressortir avec son ex, c’est comme ravaler son vomi
  • A mon mariage, j’inviterai tous mes ex et je lèverai mon verre pour les remercier de m’avoir laissé trouver mieux!
  • Les erreurs se ne règlent pas, elles s’assument ; la peur ne se fuit pas, elle se surmonte, l’amour ne se crie pas, il se prouve

Ces petites phrases sont autant de piques qui pourront Énerver gentiment votre ex.

Statut pour énerver son ex

Plus impactants que les simples phrases, les statuts peuvent véritablement Énerver un ex sans le viser directement. Nous vous invitons d’ailleurs à utiliser cette Méthode plutôt que celle des phrases.

Choisissez donc Des statuts qui vont avoir pour objectif de Faire regretter la rupture à son ex.

Des exemples? C’est très simple : votre ex vous reprochait de ne pas sortir assez? Postez un statut à chaque fois que vous allez quelque part! Boîte de nuit, bar, copain, randonnées, voyage, road trip, musée : montrez à votre ex que vous n’êtes pas celui/celle qu’il croyait!

Cela l’énervera à coup sûr !

Vous pouvez aussi vous inscrire à différents événements en cochant « je participe ».

De la même manière, essayez de faire en sorte que vos amis commentent et animent votre Profil Facebook. Plus vous aurez de notifications, plus votre ex vous verra et pensera à vous.

« Emmerder son ex », techniques de Sioux!

Lui piquer son poste

Pour réussir cette Technique, vous devez travailler dans le même domaine que votre ex et être prêt(e) à changer de poste.

Néanmoins, si vous y parvenez, il y a fort à parier que votre ex soit dévasté (rassurez-vous, il/elle s’en remettra). Le but est donc de lui prouver que vous pouvez aussi y arriver et que ce n’est pas parce-qu’il/elle vous a quitté qu’il/elle a automatiquement l’ascendant sur vous!

Rester pote avec ses amis

Il déteste ça et vous le savez, c’est d’ailleurs pour cela que vous ne vous en privez pas!

Qu’il est Facile d’énerver son ex quand on a gardé de bonnes relations avec ses potes « coucou Marie, ça te dit de venir au concert de Lady Gaga avec moi?

J’ai une place de rab! Oui, je sais, t’avais rendez-vous avec mon ex mais bon… tu es vraiment prête à troquer Lady Gaga contre une soirée au Macumba? »

Fayoter avec sa famille

Votre Ex veut que vous sortiez de sa vie mais voilà… vous ne l’entendez pas de cette oreille et vous avez bien l’intention de le ruiner un peu, le temps de vous remettre de votre Chagrin d’amour.

Rien de tel que de se rapprocher de sa famille pour Énerver son ex et lui pourrir la vie. « Allô belle maman?

Pardon, j’ai du mal à ne plus vous appeler comme ça… Comment allez-vous Simone? Moi ça va très bien, merci beaucoup. Oh oui! je serai ravie de passer prendre le thé dimanche! »

Devenir canonissime

Jusque là, vous n’aviez pas mis le paquet mais vous savez que vous avez un sérieux potentiel physique.

Désormais, vous allez donc filer chez le coiffeur, revoir votre garde robe et vous mettre au sport pour de bon. L’objectif? Vous métamorphoser pour Faire baver votre ex.

Il/Elle va vous croiser par hasard et va à peine vous reconnaître : au top à tous les niveaux, vous serez ultra canon et tout le monde se retournera sur votre passage.

Lire notre article pour apprendre à devenir charismatique. R

Renseignez-vous également sur la technique du Revenge Body.

Réussir tout ce que vous entreprenez

Énerver quelqu’un doit aussi vous apporter quelque chose de positif.

C’est donc le moment pour vous de vous investir dans un ou plusieurs projets qui vous tiennent à cœur.

Votre Ex vous croyait incapable de réaliser ceci ou cela? Montrez-lui qu’il a tort en réussissant ce que vous entreprenez.

Utilisez la Force de votre chagrin pour en faire un atout, comme en Aïkido!

Humilier son ex, pour ou contre?

CONTRE! Si nous vous aidons à trouver de petites techniques « soft » pour Énerver votre ex, nous vous déconseillons toutefois de chercher à l’humilier.

Attention, vouloir Se venger de son ex pousse parfois au vice.

Pour vous, pour votre entourage et pour votre ex, faites en sorte de toujours rester un minimum loyal.

Humilier son ex signifie le placer dans une posture très désagréable. Plus tard, vous risquerez de regretter vos élans de méchanceté.

Si vous vous sentez vraiment énervé(e) contre votre ex et que vous avez envie de crier sur les toits que c’est un être horrible, abstenez-vous.

Faire honte à son ex, L’humilier en public ou L’attaquer verbalement est à éviter : vous n’en tirerez rien de positif et aurez peut-être même du mal à vous regarder dans la glace une fois l’orage passé.

Si vous avez des enfants, évitez autant que possible toute confrontation directe et visible avec votre ex afin de les protéger.

Récupérer son ex après l’avoir énervé

Si cela peut paraître paradoxal, il est pourtant possible de Récupérer son ex après l’avoir énervé.

Si vous voulez savoir pourquoi, nous vous invitons à lire notre article « faut-il être méchant avec son ex« .

Vous comprendrez vite qu’Un ex énervé est un ex qui réalise certaines choses.

Si vous l’énervez dans le bon sens, que vous l’intriguez ou que vous suscitez en lui des émotions fortes, alors, votre ex ne pourra nier que vous le lui êtes pas indifférent(e).

Ces petites taquineries pourront aussi l’aider à prendre conscience qu’avec vous, on ne s’ennuie pas et que vous êtes peut-être LA personne de sa vie!

Quelles sont vos chances de récupérer votre ex? Faites le quiz et obtenez la réponse en moins de 60 secondes :

Lettres à Joséphine

Paris, le 6 brumaire an IV

Je ne conçois pas ce qui a pu donner lieu à votre lettre. Je vous prie de me faire le plaisir de croire que personne ne désire autant votre amitié que moi, et n’est plus prêt que moi à faire quelque chose qui puisse le prouver. Si mes occupations me l’avaient permis, je serais venu moi-même porter ma lettre.

7 heures du matin

Je me réveille plein de toi. Ton portrais et le souvenir de l’énivrante soirée d’hiers n’ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quelle effet bizarre faite vous sur mon coeur! Vous fâchez-vous? Vous vois-je triste? Êtes-vous inquiète? mon âme est brisé de douleur, et il n’est point de repos pour votre ami. Mais en est-il donc davantage pour moi, lorsque, me livrant au sentiment profond qui me maîtrise, je puise sur vos lèvres, sur votre coeur, une flame qui me brûle. Ah! c’est cette nuit que je me suis bien aperçu que votre portrait n’est pas vous! Tu pars à midi, je te verai dans 3 heures. En attendant, mio dolce amor, reçois un millier de baisé ; mais ne m’en donne pas, car il brûle mon sang.

Chanceaux, le 24, à six heures du soir.

Je t’ai écrit de Châtillon, et je t’ai envoyé une procuration pour que tu touches différentes sommes qui me reviennent. Ce doit être 70 louis en numéraire, 15,000 livre en assignats.

Chaque instant m’éloigne de toi, adorable amie, et à chaque instant je trouve moins de force pour supporter d’être éloigné de toi. Tu es l’objet perpétuel de ma pensée ; mon imagination s’épuise à chercher ce que tu fais : si je te vois triste, mon cœur se déchire et ma douleur s’accroît. Si tu es gaie, folâtre avec tes amis, je te reproche d’avoir bientôt oublié la douloureuse séparation de trois jours ; tu es alors légère et, dès-lors, tu n’es affectée par aucun sentiment profond. Comme tu vois, je ne suis pas facile à me contenter ; mais, ma bonne amie, c’est bien autre chose si je crains que ta santé soit altérée ou que tu aies des raisons d’être chagrine que je ne puis deviner. Alors je regrette la vitesse avec laquelle on m’éloigne de mon cœur. Je sens vraiment que ta bonté naturelle n’existe plus pour moi, et que ce n’est que tout assuré qu’il ne t’arrive rien de fâcheux que je puis être content. Si l’on me fait la question si j’ai bien dormi, je sens qu’avant de répondre j’aurais besoin de recevoir un courrier qui m’assurât que tu as bien reposé. Les maladies, la fureur des hommes ne m’affectent que par l’idée qu’elles peuvent te frapper, ma bonne amie. Que mon génie, qui m’a toujours garanti au milieu des plus grands dangers, t’environne, te couvre, et je me livre découvert. Ah! ne sois pas gaie, mais un peu mélancolique, et surtout que ton âme soit exempte de chagrin, comme ton beau corps de maladie : tu sais ce que dit là-dessus notre bon Ossian. Écris-moi, ma tendre amie, et bien longuement, et reçois les mille et un baisers de l’amour le plus tendre et le plus vrai.

A la citoyenne BEAUHARNAIS,

Rue Chantereine, à Paris.

Nice, le 10 germinal

Je n’ai pas passé un jour sans t’aimer ; je n’ai pas passé une nuit sans te serrer dans mes bras ; je n’ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l’ambition qui me tiennent éloigné de l’âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. Si je m’éloigne de toi avec la vitesse du torrent du Rhône, c’est pour te revoir plus vite. Si, au milieu de la nuit, je me lève pour travailler, c’est que cela peut avancer de quelques jours l’arrivée de ma douce amie, et cependant, dans ta lettre du 23 au 26 ventôse, tu me traites de vous. Vous toi-même! Ah! mauvaise, comment as-tu pu écrire cette lettre! Qu’elle est froide! Et puis, du 23 au 26, restent quatre jours ; qu’as-tu fait, puisque tu n’as pas écrit à ton mari. Ah! mon amie, ce vous et ces quatre jours me font regretter mon antique indifférence. Malheur à qui en serait la cause! Puisse-t-il, pour peine et pour supplice, éprouver ce que la conviction et l’évidence (qui servit ton ami) me feraient éprouver! L’Enfer n’a pas de supplice! Ni les Furies, de serpents! Vous! Vous! Ah! que sera-ce dans quinze jours. Mon âme est triste ; mon coeur est esclave, et mon imagination m’effraie. Tu m’aimes moins ; tu seras consolée. Un jour, tu ne m’aimeras plus ; dis-le-moi ; je saurai au moins mériter le malheur. Adieu, femme, tourment, bonheur, espérance et âme de ma vie, que j’aime, que je crains, qui m’inspire des sentiments tendres qui m’appellent à la Nature, et des mouvements impétueux aussi volcaniques que le tonnerre. Je ne te demande ni amour éternel, ni fidélité, mais seulement. vérité, franchise sans bornes. Le jour où tu dirais «je t’aime moins» sera le dernier de ma vie. Si mon coeur était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais avec les dents. Joséphine, Joséphine! Souviens-toi de ce que je t’ai dit quelquefois : la Nature m’a fait l’âme forte et décidée. Elle t’a bâtie de dentelle et de gaze. As-tu cessé de m’aimer? Pardon, âme de ma vie, mon âme est tendue sur de vastes combinaisons. Mon coeur, entièrement occupé par toi, a des craintes qui me rendent malheureux. Je suis ennuyé de ne pas t’appeler par ton nom. J’attends que tu me l’écrives. Adieu! Ah! si tu m’aimes moins, tu ne m’auras jamais aimé. Je serais alors bien à plaindre.

P.-S. — La guerre, cette année, n’est plus reconnaissable. J’ai fait donner de la viande, du pain, des fourrages ; ma cavalerie armée marchera bientôt. Mes soldats me marquent une confiance qui ne s’exprime pas ; toi seule me chagrine ; toi seule, le plaisir et le tourment de ma vie. Un baiser à tes enfants dont tu ne parles pas! Pardi! cela allongerait tes lettres de moitié. Les visiteurs, à dix heures du matin, n’auraient pas le plaisir de te voir. Femme.

Albenga, le 18 germinal

Je reçois une lettre que tu interrompt pour aller, dis-tu, à la campagne ; et, après cela, tu te donne le ton d’être jalouse de moi, qui suis ici accablé d’affaires et de fatigue. Ah! ma bonne amie. Il est vrai que j’ai tort. Dans le printemp, la campagne est belle ; et puis, l’amant de 19 ans s’y trouvait sans doute. Le moyen de perdre un instant de plus à écrire à celui qui, éloigné de 300 lieues de toi, ne vit, ne jouit, n’existe que pour ton souvenir, qui lit tes lettres comme on dévore, après 6 heures de chasse, les mets que l’on aime. Je ne suis pas content. Ta dernière lettre est froide comme l’amitié. Je ni ait pas trouvé ce feu qui allume tes regards, et que j’ai cru quelque fois y voir. Mais quelle est ma bizarerie! J’ai trouvé que tes lettres précédentes oppressaient trop mon âme ; la révolution qu’elles produisaient attaquait mon repos, et asservissait mes sens. Je désirais des lettres plus froides ; mais elles me donnent le glacé de la mort. La crainte de ne pas être aimé de Joséphine, l’idée de la voir inconstante, de la. Mais je me forge des peines. Il en est tant de réel! Faut-il encore s’en fabriquer. Tu ne peux m’avoir inspiré un amour sans bornes, sans le partager ; et avec ton âme, ta pensée et ta raison, l’on ne peut pas, en retour de l’abandon et du dévouement, donner en échange le coup de la mort. J’ai reçu la lettre de madame de Châteaurenaud. J’ai écris au ministre pour (illisible). J’écrirai demain à la première? à qui tu feras des compliments d’usage. Amitié vraie à madame Tallien et Barras. Tu ne me parles pas de ton vilain estomac ; je le déteste. Adieu, jusqu’à demain, mio dolce amor. Un souvenir de mon unique femme, et une victoire du destin : voilà mes souhaits. Un souvenir unique, entier, digne de celui qui pense à toi et à tous les instants. Mon frère est ici ; il a apris mon mariage avec plaisir ; il brûle de l’envie de te connaître. Je cherche à le décider à venir à Paris. Sa femme est accouché ; elle a fait une fille. Il t’envoient pour présent une boîte de bonbons de Gênes. Tu recevras des oranges, des parfums et de l’eau de fleurs d’oranger que je t’envoye. Junot, Murat te présentent leur respect. Un baiser plus bas, plus bas que le sein.

Milan, le 29 floréal, 2 heures ap. midy

Je ne sais pourquoi depuis ce matin je suis plus content. J’ai un pressentiment que tu es partie pour ici cette idée me comble de joie. Bien attendu que tu passera par le Piémont le chemin est beaucoup meilleur et plus court. Tu viendras à Milan où tu sera très contente ce pays ci étant très beau. Quand à moi cela me rendra si heureux que j’en serai fol. Je meur danvie de voir comment tu porte les enfants. Cela doit te donner un petit aire majestueux et respectable qui me parait devoir être très plaisant ; ne vas pas surtout être malade. Non ma bonne amie tu viendras ici, tu te porteras très bien, tu feras un petit enfant jolie comme sa mère qui t’aimera comme son père et quand tu seras bien vieille bien vieille que tu auras 100 ans il sera ta consolation et ton bonheur, mais d’ici à ce tems là garde toi de l’aimer plus que moi, je commence déjà à en être jaloux. Adio mio dolce amor adio la bien aimée, viens vit attendre la bonne musique et voir la belle Italie. Il ne lui manque que ta vue tu l’embelira à mes yeux du moins tu le sais quand ma Joséphine est quelque part je ne vois plus qu’elle.

Milan, le 23 prairial

Joséphine, où te remettra-t-on cette lettre? Si c’est à Paris, mon malheur est donc certain, tu ne m’aimes plus! Je n’ai plus qu’à mourir. Serait-il possible. Tous les serpents des Furies sont dans mon sein et déjà je n’existe qu’à demi. Oh! toi. mes larmes coulent. Plus de repos ni d’espérance. Je respecte la volonté et la loi immuable du sort. Il m’accable de gloire pour me faire sentir mon malheur avec plus d’amertume. Je m’accoutumerai à tout dans ce nouvel état de choses ; mais je ne puis m’accoutumer à ne plus t’estimer ; mais non! Ce n’est pas possible! Ma Joséphine est en route ; elle m’aime au moins un peu ; tant d’amour promis ne peut pas être évanoui en deux mois. Je déteste Paris, les femmes et l’amour. Cet état est affreux. et ta conduite. mais dois-je t’accuser? Non. Ta conduite est celle de ton destin. Si aimable, si belle, si douce, devais-tu être l’instrument de mon désespoir? Celui qui te remettra cette lettre est le duc de Serbelloni, le plus grand seigneur de ce pays, qui va, député à Paris, pour présenter ses hommages au gouvernement. Adieu, ma Joséphine, ta pensée me rendait heureux ; tout a changé. Embrasse tes aimables enfants. Ils m’écrivent des lettres charmantes. Depuis que je ne dois plus t’aimer, je les aime davantage. Malgré les destins et l’honneur, je t’aimerai toute ma vie. J’ai relu, cette nuit, toutes tes lettres, même celle écrite de ton sang. Quels sentiments elles m’ont fait éprouver!

Joséphine, tu devais partir, le 5, de Paris ; tu devais partir, le 11, tu n’étais pas partie, le 12. Mon âme s’était ouverte à la joie ; elle est remplie de douleur. Tous les courriers arrivent sans m’apporter de tes lettres. Quand tu m’écris, le peu de mots, le style n’est jamais d’un sentiment profond. Tu m’as aimé par un léger caprice ; tu sens déjà combien il serait ridicule qu’il arrête ton coeur. Il me paraît que tu as fait ton choix et que tu sais à qui t’adresser pour me remplacer. Je te souhaite bonheur, si l’inconstance peut en obtenir ; je ne dis pas la perfidie. Tu n’as jamais aimé. J’avais pressé mes opérations ; je te calculais, le 13, à Milan, et tu es encore à Paris. Je rentre dans mon âme ; j’étouffe un sentiment indigne de moi ; et si la gloire ne suffit pas à mon bonheur, elle fournit l’élément de la mort et de l’immortalité. Quant à toi, que mon souvenir ne te soit pas odieux. Mon malheur est de t’avoir peu connue, le tien, de m’avoir jugé comme les hommes qui t’environnent. Mon coeur ne sentit jamais rien de médiocre. il s’était défendu de l’amour ; tu lui as inspiré une passion sans bornes, une ivresse qui le dégrade. Ta pensée était dans mon âme avant celle de la Nature entière ; ton caprice était pour moi une loi sacrée ; pouvoir te voir était mon souverain bonheur ; tu es belle, gracieuse ; ton âme douce et céleste se peint sur ta physionomie. J’adorais tout en toi ; plus naïve, plus jeune, je t’eusse aimée moins. Tout me plaisait, jusqu’au souvenir de tes erreurs et de la scène affligeante qui précéda de quinze jours notre mariage ; la vertu était pour moi ce que tu faisais ; l’honneur, ce qui te plaisait ; la gloire n’avait d’attrait dans mon coeur que parce qu’elle t’était agréable et flattait ton amour-propre. Ton portrait était toujours sur mon coeur ; jamais une pensée sans le voir et le couvrir de baisers. Toi, tu as laissé mon portrait six mois sans le retirer ; rien ne m’a échappé. Si je continuais, je t’aimerais seul, et de tous les rôles, c’est le seul que je ne puis adopter. Joséphine, tu eusses fait le bonheur d’un homme moins bizarre. Tu as fait mon malheur, je t’en préviens. Je le sentis lorsque mon âme s’engageait, lorsque la tienne gagnait journellement un empire sans bornes et asservissait tous mes sens. Cruelle. Pourquoi m’avoir fait espérer un sentiment que tu n’éprouvais pas. Mais le reproche n’est pas digne de moi. Je n’ai jamais cru au bonheur. Tous les jours, la mort voltige autour de moi. La vie vaut-elle la peine de faire tant de bruit.

Adieu, Joséphine, reste à Paris, ne m’écris plus, et respecte au moins mon asile. Mille poignards déchirent mon coeur ; ne les enfonce pas davantage. Adieu, mon bonheur, ma vie, tout ce qui existait pour moi sur la terre.

Pistoia, le 8 messidor

Depuis un mois, je n’ai reçu de ma bonne amie que deux billets de trois lignes chacun. A-t-elle des affaires? Celle d’écrire à son bon ami n’est donc pas un besoin pour elle? Dès lors celle d’y penser. Vivre sans penser à Joséphine, ce serait pour ton ami être mort et ne pas exister. Ton image embelit ma pensée et égaye le tableau sinistre et noir de la mélancolie et de la douleur. Un jour peut-être viendra où je te verai ; car je ne doute pas que tu ne sois encore à Paris. Eh! bien, ce jour-là, je te montrerai mes poches pleines de lettres que je ne t’ai pas envoyé parce qu’elle étaient trop bêtes — bien, c’est le mot. Bon Dieu! Dis-moi, toi qui sais si bien faire aimer les autres sans aimer, saurais-tu comment on guérit de l’amour. Je pairai ce remède bien chère. Tu devais partir le 5 prairial ; bête que j’étais, je t’attendais le 13. Comme si une jolie femme pouvait abandonner ses habitudes, ses amis, sa madame Tallien, et un dîner chez Baras, et une représentation d’une pièce nouvelle, et Fortuné, oui, Fortuné! Tu aime tout plus que ton mari ; tu n’as pour lui qu’un peu d’estime, et une portion de cette bienveillance dont le coeur abonde. Tous les jours récapitulant tes tord, tes fautes, je me bat le flancs pour ne te plus aimer, bah! voilà-t-il pas que je t’aime davantage. Enfin, mon incomparable petite mère, je vais te dire mon secret : moque-toi de moi, reste à Paris, aie des amants, que tout le monde le sache, n’écris jamais, eh bien! je t’en aimerai dix fois davantage. Si ce n’est pas là folie, fièvre, délire! Et je ne guérirai pas de cela (oh! si pardieu, j’en guérirai) ; mais ne va pas me dire que tu es malade, n’entreprends pas de te justifier. Bon Dieu! Tu es pardonnée ; je t’aime à la folie, et jamais mon pauvre coeur ne cessera de donner son amour. Si tu ne m’aimais pas, mon sort serait bien bizarre. Tu ne m’as pas écrit, tu étais malade, tu n’es pas venue. Le Directoire n’a pas voulu, après ta maladie, et puis ce petit enfant qui se remuait si fort qu’il te faisait mal? mais tu as passé Lion, tu seras le 10, à Turin ; le 12, à Milan où tu m’attendras. Tu seras en Italie, et je serai encore loin de toi. Adieu ma bien-aimée, un baiser sur ta bouche ; un autre, sur ton coeur, et un autre sur ton petit absent. Nous avons fait la paix avec Rome qui nous donne de l’argent. Nous serons demain à Livourne, et, le plus tôt que je pourrai, dans tes bras, à tes pieds, sur ton sein.

Roverbella, le 18 messidor

J’ai battu l’ennemi. Kilmaine t’enverra la copie de la relation. Je suis mort de fatigue. Je te prie de partir tout de suite pour te rendre à Vérone ; j’ai besoin de toi, car je vois que je vais être bien malade. Je te donne mille baisers. Je suis au lit.

Vérone, premier jour complémentaire

Je t’écris, ma bonne amie, bien souvent, et toi peu. Tu es une méchante et une laide, bien laide, autant que tu es légère. Cela est perfide, tromper un pauvre mari, un tendre amant! Doit-il perdre ses droits parce qu’il est loin, chargé de besogne, de fatigue et de peine? Sans sa Joséphine, sans l’assurance de son amour, que lui reste-t-il sur la terre? Qu’y ferait-il? Nous avons eu hier une affaire très sanglante ; l’ennemi a perdu beaucoup de monde et a été complètement battu. Nous lui avons pris le faubourg de Mantoue. Adieu, adorable Joséphine ; une de ces nuits, les portes s’ouvriront avec fracas : comme un jaloux, et me voilà dans tes bras. Mille baisers amoureux.

Vérone, le 1er frimaire, an V

Je vais me coucher, ma petite Joséphine, le coeur plein de ton adorable image, et navré de rester tant de temps loin de toi ; mais j’espère que, dans quelques jours, je serai plus heureux et que je pourrai à mon aise te donner des preuves de l’amour ardent que tu m’as inspiré. Tu ne m’écris plus ; tu ne penses plus à ton bon ami, cruelle femme! Ne sais-tu pas que sans toi, sans ton coeur, sans ton amour, il n’est pour ton mari ni bonheur, ni vie. Bon Dieu! Que je serais heureux si je pouvais assister à l’aimable toilette, petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme ; par-dessus cela, une petite mine avec le mouchoir à la créole, à croquer. Tu sais bien que je n’oublie pas les petites visites ; tu sais bien, la petite forêt noire. Je lui donne mille baisers et j’attends avec impatience le moment d’y être. Tout à toi, la vie, le bonheur, le plaisir ne sont que ce que tu les fais. Vivre dans une Joséphine, c’est vivre dans l’Élysée. Baiser à la bouche, aux yeux, sur l’épaule, au sein, partout, partout!

Vérone, le 3 frimaire

Je ne t’aime plus du tout ; au contraire, je te déteste. Tu es une vilaine, bien gauche, bien bête, bien cendrillon. Tu ne m’écris pas du tout, tu n’aimes pas ton mari ; tu sais le plaisir que tes lettres lui font, et tu ne lui écris pas six lignes jetées au hasard! Que faites-vous donc toute la journée, madame? Quelle affaire si importante vous ôte le temps d’écrire à votre bien bon amant? Quelle affection étouffe et met de côté l’amour, le tendre et constant amour que vous lui avez promis? Quel peut être ce merveilleux, ce nouvel amant qui absorbe tous vos instants, tyrannise vos journées et vous empêche de vous occuper de votre mari? Joséphine, prenez-y garde, une belle nuit, les portes enfoncées, et me voilà. En vérité, je suis inquiet, ma bonne amie, de ne pas recevoir de tes nouvelles ; écris-moi vite quatre pages, et de ces aimables choses qui remplissent mon coeur de sentiment et de plaisir. J’espère qu’avant peu je te serrerai dans mes bras, et je te couvrirai d’un million de baisers brûlants comme sous l’équateur.

Vérone, le 4 frimaire

J’espère bientôt, ma douce amie, être dans tes bras. Je t’aime à la fureur. J’écris à Paris par ce courrier. Tout va bien. Wurmser a été battu hier sous Mantoue. Il ne manque à ton mari que l’amour de Joséphine pour être heureux.

Malmaison, le 4 messidor, an XI

J’ai reçu ta lettre, bonne petite Joséphine. Je vois avec peine que tu as souffert de la route ; mais quelques jours de repos te feront du bien. Je suis assez bien portant. J’ai été hier à la chasse à Marly, et je m’y suis blessé très légèrement à un doigt en tirant un sanglier. Hortense se porte assez bien. Ton gros fils a été un peu malade, mais il va mieux. Je crois que ce soir ces dames jouent Le Barbier de Séville. Le temps est très beau. Je te prie de croire que rien n’est plus vrai que les sentiments que j’ai pour ma petite Joséphine. Tout à toi.

Camp de Boulogne, le 25 thermidor, an XIII

J’ai voulu savoir comment on se portait à la Martinique. Je n’ai pas souvent de vos nouvelles. Vous oubliez vos amis ; ce n’est pas bien. Je ne savais pas que les eaux de la Plombières eussent la vertu du fleuve Léthé. Il me semble que c’est en buvant ces eaux de Plombières que vous disiez : «Ah! Bonaparte, si je meurs, qui est-ce qui t’aimera?» Il y a bien loin de là, n’est-ce pas? Tout finit, la beauté, l’esprit, le sentiment, le soleil lui-même ; mais ce qui n’aura jamais de terme, c’est le bien que je veux, le bonheur dont jouit. et la bonté de ma Joséphine. Je ne serai pas plus tendre si vous en faites des risées. Adieu, mon amie, j’ai fait hier attaquer la croisière anglaise ; tout a bien été.

Brunn, le 28 frimaire, an XIV

Grande Impératrice, pas une lettre de vous depuis votre départ de Strasbourg. Vous avez passé à Bade, à Stuttgart, à Munich, sans nous écrire un mot. Ce n’est pas bien aimable, ni bien tendre! Je suis toujours à Brunn. Les Russes sont partis ; j’ai une trêve. Dans peu de jours, je verrai ce que je deviendrai. Daignez, du haut de vos grandeurs, vous occuper un peu de vos esclaves.

Géra, le 13 octobre 1806, à 2 heures du matin

Je suis aujourd’hui à Géra, ma bonne amie ; mes affaires vont fort bien, et tout comme je pouvais l’espérer. Avec l’aide de Dieu, en peu de jours cela aura pris un caractère bien terrible, je crois, pour le pauvre roi de Prusse, que je plains personnellement, parce qu’il est bon. La reine est à Erfurt, avec le roi. Si elle veut voir une bataille, elle aura ce cruel plaisir. Je me porte à merveille ; j’ai déjà engraissé depuis mon départ ; cependant je fais, de ma personne, vingt et vingt-cinq lieues par jour, à cheval, en voiture, de toutes les manières. Je me couche à huit heures, et suis levé à minuit ; je songe quelquefois que tu n’es pas encore couchée. Tout à toi.

Posen, le 2 décembre

C’est aujourd’hui l’anniversaire d’Austerlitz. J’ai été à un bal de la ville. Il pleut. Je me porte bien. Je t’aime et te désire. Mes troupes sont à Varsovie. Il n’a pas encore fait froid. Toutes ces Polonaises sont Françaises ; mais il n’y a qu’une femme pour moi. La connaîtrais-tu? je te ferais bien son portrait ; mais il faudrait trop le flatter pour que tu te reconnusses ; cependant, à dire vrai, mon coeur n’aurait que de bonnes choses à en dire. Ces nuits-ci sont longues, tout seul. Tout à toi.

Posen, le 3 décembre, 6 heures du soir

Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s’est montée. Je me suis souvenu de ce vers :

Désir de femme est un feu qui dévore. Il faut cependant te calmer. Je t’ai écrit que j’étais en Pologne, que, lorsque les quartiers d’hiver seraient assis, tu pourrais venir ; il faut donc attendre quelques jours. Plus on est grand et moins on doit avoir de volonté ; l’on dépend des événements et des circonstances. Tu peux aller à Francfort et à Darmstadt. J’espère sous peu de jours t’appeler ; mais il faut que les événements le veuillent. La chaleur de ta lettre me fait voir que vous autres jolies femmes vous ne connaissez pas de barrières ; ce que vous voulez, doit être ; mais moi, je me déclare le plus esclave des hommes : mon maître n’a pas d’entrailles, et ce maître c’est la nature des choses. Adieu, mon amie ; porte-toi bien. La personne dont je t’ai voulu parler est Madame L. dont tout le monde dit bien du mal : l’on m’assure qu’elle était plus Prussienne que Française. Je ne le crois pas ; mais je la crois une sotte qui ne dit que des bêtises.

Le 10 décembre, à 5 heures du soir

Un officier m’apporte un tapis de ta part ; il est un peu court et étroit ; je ne t’en remercie pas moins. Je me porte assez bien. Le temps est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je t’aime et te désire beaucoup. Adieu, mon amie ; je t’écrirai de venir avec au moins autant de plaisir que tu viendras. Tout à toi. Un baiser à Hortense, à Stéphanie et à Napoléon.

Pultusk, le 31 décembre

J’ai bien ri en recevant tes dernières lettres. Tu te fais, des belles de la grande Pologne, une idée qu’elles ne méritent pas. J’ai eu deux ou trois jours le plaisir d’entendre Paër et deux chanteuses qui m’ont fait de la très bonne musique. J’ai reçu ta lettre dans une mauvaise grange, ayant de la boue, du vent, et de la paille pour tout lit. Je serai demain à Varsovie. Je crois que tout est fini pour cette année. L’armée va entrer en quartiers d’hiver. Je hausse les épaules de la bêtise de Madame de L. ; tu devrais cependant te fâcher, et lui conseiller de n’être pas si sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens. Quant à moi, je méprise l’ingratitude comme le plus vilain défaut du coeur. Je sais qu’au lieu de te consoler, ils t’ont fait de la peine. Adieu, mon amie ; je me porte bien. Je ne pense pas que tu doives aller à Cassel ; cela n’est pas convenable. Tu peux aller à Darmstadt.

(Le lendemain 1er janvier 1807, Napoléon rencontrait Marie Walewska).

Varsovie, le 19 janvier 1807

Mon amie, je reçois ta lettre ; j’ai ri de ta peur du feu. Je suis désespéré du ton de tes lettres, et de ce qui me revient, je te défends de pleurer, d’être chagrine et inquiète ; je veux que tu sois gaie, aimable et heureuse.

Wittemberg, le 1er février, à midi

Ta lettre du 11, de Mayence, m’a fait rire. Je suis aujourd’hui à quarante lieues de Varsovie ; le temps est froid, mais beau. Adieu, mon amie ; sois heureuse, aie du caractère.

Mon amie, ta lettre du 20 janvier m’a fait de la peine ; elle est trop triste. Voilà le mal de ne pas être un peu dévote! Tu me dis que ton bonheur fait ta gloire : cela n’est pas généreux ; il faut dire : le bonheur des autres fait ma gloire ; cela n’est pas conjugal ; il faut dire : le bonheur de mon mari fait ma gloire ; cela n’est pas maternel ; il faudrait dire : le bonheur de mes enfants fait ma gloire ; or, comme les peuples, ton mari, tes enfants, ne peuvent être heureux qu’avec un peu de gloire, il ne faut pas tant en faire fi! Joséphine, votre coeur est excellent, et votre raison faible ; vous sentez à merveille, mais vous raisonnez moins bien. Voilà assez de querelle. Je veux que tu sois gaie, contente de ton sort, et que tu obéisses, non en grondant et en pleurant, mais de gaîté de coeur, et avec un peu de bonheur. Adieu, mon amie ; je pars cette nuit, pour parcourir mes avant-postes.

Eylau, le 14 février

Mon amie, je suis toujours à Eylau. Ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n’est pas la plus belle partie de la guerre ; l’on souffre, et l’âme est oppressée de voir tant de victimes. Je me porte bien. J’ai fait ce que je voulais, et j’ai repoussé l’ennemi, en faisant échouer ses projets. Tu dois être inquiète, et cette pensée m’afflige. Toutefois, tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie. Tout à toi.

Liebstadt, le 20 Février, à 2 heures du matin

Je t’écris deux mots, mon amie, pour que tu ne sois pas inquiète. Ma santé est fort bonne, et mes affaires vont bien. J’ai remis mon armée en cantonnement. La saison est bizarre ; il gèle et il dégèle ; elle est humide et inconstante. Adieu, mon amie. Tout à toi.

Finckenstein, le 10 avril, à 6 heures du soir

Mon amie, je me porte fort bien. Le printemps commence ici ; cependant rien n’est encore en végétation. Je désire que tu sois gaie et contente, et que tu ne doutes jamais de mes sentiments. Tout va bien ici.

Finckenstein, le 14 mai, mort du fils aîné de Louis et d’Hortense

Je conçois tout le chagrin que doit te causer la mort de ce pauvre Napoléon ; tu peux comprendre la peine que j’éprouve. Je voudrais être près de toi, pour que tu fusses modérée et sage dans ta douleur. Tu as eu le bonheur de ne jamais perdre d’enfants ; mais c’est une des conditions et des peines attachées à notre misère humaine. Que j’apprenne que tu as été raisonnable, et que tu te portes bien! Voudrais-tu accroître ma peine? Adieu, mon amie.

Finckenstein, le 24 mai

Je reçois ta lettre de Lacken. Je vois avec peine que ta douleur est encore entière, et qu’Hortense n’est pas encore arrivée : elle n’est pas raisonnable, et ne mérite pas qu’on l’aime, puisqu’elle n’aimait que ses enfants. Tâche de te calmer, et ne me fais point de peine. A tout mal sans remède, il faut trouver des consolations. Adieu, mon amie. Tout à toi.

Friedland, le 15 juin

Mon amie, je ne t’écris qu’un mot, car je suis bien fatigué ; voilà bien des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré l’anniversaire de la bataille de Marengo. La bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour mon peuple. Toute l’armée russe mise en déroute, 80 pièces de canon, 30.000 hommes pris ou tués ; 25 généraux russes tués, blessés ou pris ; la garde russe écrasée : c’est une digne soeur de Marengo, Austerlitz, Iéna. Le Bulletin te dira le reste. Ma perte n’est pas considérable ; j’ai manoeuvré l’ennemi avec succès. Sois sans inquiétude et contente. Adieu, mon amie ; je monte à cheval. L’on peut donner cette nouvelle comme une notice, si elle est arrivée avant le Bulletin. On peut aussi tirer le canon. Cambacérès fera la notice.

Tilsitt, le 25 juin

Mon amie, je viens de voir l’empereur Alexandre ; j’ai été fort content de lui ; c’est un fort beau, bon et jeune empereur ; il a de l’esprit plus que l’on ne pense communément. Il vient loger en ville à Tilsitt demain. Adieu, mon amie ; je désire fort que tu te portes bien, et sois contente. Ma santé est fort bonne.

Tilsitt, le 6 juillet

J’ai reçu ta lettre du 25 juin. J’ai vu avec peine que tu étais égoïste, et que les succès de mes armes seraient pour toi sans attraits. La belle reine de Prusse doit venir dîner avec moi aujourd’hui. Je me porte bien, et désire beaucoup te revoir, quand le destin l’aura marqué. Cependant, il est possible que cela ne tarde pas. Adieu, mon amie ; milles choses aimables.

Tilsitt, le 7 juillet

Mon amie, la reine de Prusse a dîné hier avec moi. J’ai eu à me défendre de ce qu’elle voulait m’obliger à faire encore quelques concessions à son mari ; mais j’ai été galant, et me suis tenu à ma politique. Elle est fort aimable. J’irai te donner des détails qu’il me serait impossible de te donner sans être bien long. Quand tu liras cette lettre, la paix avec la Prusse et la Russie sera conclue, et Jérôme reconnu roi de Westphalie, avec trois millions de population. Ces nouvelles sont pour toi seule. Adieu, mon amie ; je t’aime et veux te savoir contente et gaie.

Dresde, le 18 juillet, à midi

Mon amie, je suis arrivé hier à cinq heures du soir à Dresde, fort bien portant, quoique je sois resté cent heures en voiture, sans sortir. Je suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc rapproché de toi de plus de moitié du chemin. Il se peut qu’une de ces belles nuits, je tombe à Saint-Cloud comme un jaloux ; je t’en préviens. Adieu, mon amie ; j’aurai grand plaisir à te revoir. Tout à toi.

Erfurt, octobre 1808

Mon amie, je t’écris peu ; je suis fort occupé. Des conversations de journées entières, cela n’arrange pas mon rhume. Cependant tout va bien. Je suis content d’Alexandre ; il doit l’être de moi : s’il était femme, je crois que j’en ferais mon amoureuse. Je serai chez toi dans peu ; porte-toi bien, et que je te trouve grasse et fraîche. Adieu, mon amie.

Je reçois ta lettre du 26. Je t’ai écrit que tu pouvais aller à Plombières ; je ne me soucie pas que tu ailles à Bade ; il ne faut pas sortir de France. J’ai ordonné aux deux princes de rentrer en France. La perte du duc de Montebello, qui est mort ce matin, m’a fort affligé. Ainsi tout finit. Adieu, mon amie ; si tu peux contribuer à consoler la pauvre maréchale, fais-le. Tout à toi.

Schoenbrunn, le 26 août

Je reçois ta lettre de Malmaison. L’on m’a rendu compte que tu étais grasse, fraîche et très bien portante. Je t’assure que Vienne n’est pas une ville amusante. Je voudrais fort être déjà à Paris. Adieu, mon amie. J’entends deux fois par semaine les bouffons ; ils sont assez médiocres ; cela amuse les soirées. Il y a cinquante ou soixante femmes de Vienne, mais au parterre, comme n’ayant pas été présentées.

Nymphenbourg, le 21 octobre

Je suis ici depuis hier bien portant ; je ne partirai pas encore demain. Je m’arrêterai un jour à Stuttgart. Tu seras prévenue vingt-quatre heures d’avance de mon arrivée à Fontainebleau. Je me fais une fête de te revoir, et j’attends ce moment avec impatience. Je t’embrasse. Tout à toi.

Trianon, le 25 décembre 1809, le divorce vient d’être décidé

Je me suis couché hier après que tu as été partie, mon amie. Je vais à Paris. Je désire te savoir gaie. Je viendrai te voir dans la semaine. J’ai reçu tes lettres que je vais lire en voiture.

Paris, le 4 janvier 1810, jeudi soir

Hortense, que j’ai vue cette après-midi, m’a donné, mon amie, de tes nouvelles. J’espère que tu auras été voir aujourd’hui tes plantes, la journée ayant été belle. Je ne suis sorti qu’un instant, à trois heures, pour tuer quelques lièvres. Adieu, mon amie ; dors bien.

Trianon, le 17 janvier

Mon amie, d’Audenarde, que je t’ai envoyée ce matin, me dit que tu n’as plus de courage depuis que tu es à Malmaison. Ce lieu est cependant tout plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du moins de mon côté. J’ai bien envie de te voir, mais il faut que je sois sûr que tu es forte, et non faible ; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal affreux. Adieu, Joséphine ; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu serais bien ingrate.

J’apprends que tu t’affliges, cela n’est pas bien. Tu es sans confiance en moi, et tous les bruits que l’on répand te frappent ; ce n’est pas me connaître, Joséphine. Je t’en veux, et si je n’apprends que tu es gaie et contente, j’irai te gronder bien fort. Adieu, mon amie.

Compiègne, le 21 avril

Mon amie, je reçois ta lettre du 19 avril ; elle est d’un mauvais style. Je suis toujours le même ; mes pareils ne changent jamais. Je ne sais ce qu’Eugène a pu te dire. Je ne t’ai pas écrit, parce que tu ne l’as pas fait, et que j’ai désiré tout ce qui peut t’être agréable. Je vois avec plaisir que tu ailles à Malmaison, et que tu sois contente ; moi, je le serai de recevoir de tes nouvelles, et de te donner des miennes. Je ne t’en dis pas davantage, jusqu’à ce que tu aies comparé cette lettre à la tienne ; et, après cela, je te laisse juge qui est meilleur et plus ami de toi ou de moi. Adieu, mon amie ; porte-toi bien, et sois juste pour toi et pour moi.

Mon amie, je reçois ta lettre. Eugène te donnera des nouvelles de mon voyage et de l’impératrice. J’approuve fort que tu ailles aux eaux. J’espère qu’elles te feront du bien. Je désire bien te voir. Si tu es à Malmaison à la fin du mois, je viendrai te voir. Je compte être à Saint-Cloud le 30 du mois. Ma santé est fort bonne ; il me manque de te savoir contente et bien portante. Fais-moi connaître le nom que tu voudrais porter en route. Ne doute jamais de toute la vérité de mes sentiments pour toi ; ils dureront autant que moi ; tu serais fort injuste si tu en doutais.

Saint-Cloud, le 14 septembre

Mon amie, je reçois ta lettre du 9 septembre. J’apprends avec plaisir que tu te portes bien. L’impératrice est effectivement grosse de quatre mois ; elle se porte bien, et m’est fort attachée. Les petits princes Napoléon se portent très bien ; ils sont au pavillon d’Italie, dans le parc de Saint-Cloud. Ma santé est assez bonne. Je désire te savoir heureuse et contente. L’on dit qu’une personne chez toi s’est cassé la jambe en allant à la glacière. Adieu, mon amie ; ne doute pas de l’intérêt que je prends à toi, et des sentiments que je te porte.

Paris, le 22 mars 1811

Mon amie, j’ai reçu ta lettre ; je te remercie. Mon fils est gros et très bien portant. J’espère qu’il viendra à bien. Il a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J’espère qu’il remplira sa destinée. Je suis toujours très content d’Eugène ; il ne m’a jamais donné aucun chagrin.

Vendredi, 8 heures du matin, 1813

J’envoie savoir comment tu te portes, car Hortense m’a dit que tu étais au lit hier. J’ai été fâché contre toi pour tes dettes ; je ne veux pas que tu en aies ; au contraire, j’espère que tu mettras un million de côté tous les ans, pour donner à tes petites-filles, lorsqu’elles se marieront. Toutefois, ne doute jamais de mon amitié pour toi, et ne te fais aucun chagrin là-dessus. Adieu, mon amie ; annonce-moi que tu es bien portante. On dit que tu engraisses comme une bonne fermière de Normandie.

Orphée aux Enfers

ACTE PREMIER

Qui je suis? — Du théâtre antique
J’ai perfectionné le chœur,
Je suis l’Opinion publique,
Un personnage symbolique,
Ce qu’on appelle un raisonneur.

Le chœur antique en confidence
Se chargeait d’expliquer aux gens
Ce qu’ils avaient compris d’avance,
Quand ils étaient intelligents.

Moi, je fais mieux. — J’agis moi-même ;
Et prenant part à l’action,
De la palme ou de l’anathème
Je fais la distribution.

Que prenne garde à moi la femme
Qui voudrait tromper son époux,
Et que se garde aussi l’époux
Qui ferait des traits à sa femme!…
— C’est aux personnages du drame
Que je parle. — Rassurez-vous!

Voici venir notre Eurydice ;
Je pars : — mais je suis toujours là,
Prêt à sortir de la coulisse,
Comme un Deus ex machina!

Scène PREMIÈRE

La femme dont le cœur rêve
N’a pas de sommeil ;
Chaque jour elle se lève
Avec le soleil.
Le matin de fleurs plus belles
Les prés sont brodés :
Mais ces fleurs, pour qui sont-elles?
Vous le demandez?
Pour qui?
N’en dites rien à mon mari,
Car c’est pour le berger joli
Qui loge ici.

Chaque jour ainsi j’apporte,
Au berger galant,
De beaux bluets, qu’à sa porte
J’accroche en tremblant,
Et mon pauvre cœur palpite,
A bonds saccadés…
Pour qui donc bat-il si vite?
Vous le demandez?

Pour qui?
N’en dites rien à mon mari,
Car c’est pour le berger joli
Qui loge ici.

Elle entr’ouvre la porte de la cabane et regarde un instant à l’intérieur ; pendant ce temps, Orphée paraît à gauche : il tient à la main son violon.

Il est sorti!… Je veux qu’en rentrant il trouve son toit semé de fleurs.

Que vois-je!… n’est-ce pas la nymphe Maquilla, la belle nymphe que j’adore?… Seule! Révélons ma présence par ce trait qu’elle aime tant.

À quoi, je vous prie?

À quoi?… mais à qui donc jetiez-vous ces fleurs, s’il vous plaît?

Ces fleurs?… au vent!… et vous, mon tendre ami, à qui jetiez-vous ce chant passionné de votre… crin-crin?

Fort bien! Savez-vous ce que je conclus de tout cela, mon bon chéri?… c’est que si j’ai mon berger, vous avez votre bergère… Eh bien! Je vous laisse votre bergère, laissez-moi mon berger.

Allons! madame, cette proposition est de mauvais goût!…

Pourquoi donc, je vous prie?

Parce que… parce que… Tenez! vous me faites rougir!

Eurydice!… ma femme?…

Ah! mais, c’est qu’il est temps de s’expliquer, à la fin! Et il faut qu’une bonne fois je vous dise votre fait, maître Orphée, mon chaste époux, qui rougissez! Apprenez que je vous déteste! Que j’ai cru épouser un artiste et que je me suis unie à l’homme le plus ennuyeux de la création. Vous vous croyez un aigle, parce que vous avez inventé les vers hexamètres!… mais c’est votre plus grand crime à mes yeux!… Est-ce que vous croyez que je passerai ma jeunesse à vous entendre réciter des songes classiques et racler (Montrant le violon d’Orphée.) l’exécrable instrument que voilà?…

Mon violon!… Ne touchez pas cette corde, madame!

Il m’ennuie, comme vos vers, votre violon!… Allez charmer de ses sons les bergères de troisième ordre dont vous raffolez. Quant à moi, qui suis fille d’une nymphe et d’un demi-dieu, il me faut la liberté et la fantaisie!… J’aime aujourd’hui ce berger, il m’aime ; rien ne me séparera d’Aristée!

Il joue du violon : Eurydice se bouche les oreilles avec désespoir.

Vénus, ma belle déesse, délivre-moi de mon aimable Orphée, et je t’immolerai dix brebis plus blanches que le lait!

Jupiter, mon maître, délivre-moi de ma tendre Eurydice, et je chanterai tes louanges sur ma lyre à quatre cordes. (À Eurydice.) Madame, je ne me fais aucune illusion sur le sort qui m’attend! Quand une femme en est arrivée à ce degré d’audace, il est parfaitement inutile d’essayer de la remettre dans la bonne voie…

A la bonne heure! séparons-nous donc!

Je le ferais de bon cœur, si cela ne devait pas nuire à ma considération et à la position que je me suis faite par mon talent et mon travail. Je suis esclave de l’opinion publique : – c’est ma seule faiblesse, laissez-la-moi. – J’ai besoin du monde, je ne veux pas le heurter. Mais je me suis mis en tête de pourfendre chacun de vos adorateurs…

Avec votre archet?

Non, madame. Je crois inutile de vous apprendre le moyen que j’ai choisi pour attraper le maraudeur… Qu’il vous suffise de savoir ceci : Je ne lui conseille pas de folâtrer dans les blés que voilà, comme il le fait depuis qu’il est venu, je ne sais d’où, s’établir dans mon voisinage.

Et qui l’en empêchera?

Qui!… petit nanan que j’ai semé à son intention dans les blonds épis…

Rien de plus! Je vais donner mes leçons à l’Orphéon… Adieu, bibiche… petit nanan semé pour lui, là… Faites attention… Adieu!

Que veut-il dire avec son petit nanan semé dans les blonds épis?… C’est que ce vilain homme est capable de tout!… Quelque piège peut-être!… quelque piège à loups!… Il l’est tellement, jaloux!… Et Aristée qui vient toujours à travers ces blés pour m’y rencontrer et folâtrer avec moi! Courons au-devant de lui!… Le malheureux se ferait faire du mal!… Courons!…

Parler très naïf.

Voilà! (Regardant avec précaution autour de lui.) Voilà ce que je dis aux personnes, ce que je dis devant le monde! pour inspirer de la confiance!… Mais si vous saviez qui je suis en réalité, et quels projets infernaux je médite!… Si l’idée que j’ai soufflée à Orphée réussit, je crois que c’est aujourd’hui que nous frapperons un grand coup! Voici la tendre Eurydice, n’ayons pas l’air d’avoir passé dans les blés.

Impossible de le rencontrer. Ah! le voici!… J’arrive à temps! Sois béni, ô Vulcain!… Aristée!… mon beau berger! prends garde!

À moi?… Pourquoi?

Tais-toi!… Et parle plus bas!…

Entendons-nous!… Je vais…

Il fait mine d’entrer dans les blés.

Comment! Ne bouge pas!… Mais pourtant si je ne peux pas parler haut et que je ne puisse pas non plus t’approcher, ma bergère, nous n’avons pas de chances de nous entendre… Alors, parlons par gestes!…

Il fait un pas vers les blés.

Aristée!… au nom de mon amour, n’approche pas!… te dis-je!…

Quelle singulière timidité te prend donc aujourd’hui!… Tu es sauvage ordinairement, je ne dis pas… mais, enfin, tu l’es raisonnablement… comme une bergère… mythologique…

Il s’agit bien de ma sauvagerie!… Il s’agit de ta vie!… Si tu fais un pas, tu es mort!

Mon mari sait tout… Il nous a espionnés… et il a semé des piéges dans ces blés, témoins ordinaires de nos innocentes amours!…

Est-il bête, l’animal! Il l’a prévenue!… Ces maris sont tous les mêmes!… Il veut me surprendre!… et il me fait prévenir!… Réparons sa maladresse… (Haut.) Veux-tu que je te dise?…

Eh bien! C’est des bêtises, des chansons et des balivernes.

Des bêtises!… Mais je te dis qu’il est furieux… qu’il a juré…

Tiens! regarde comme je m’en moque, de ses piéges, non, mais regarde…

Aristée!… ton amour et ton courage t’emportent!… Aristée!… tu cours à la mort!…

Il n’y a pas de danger, et quand même, que n’affronterait-on pas pour te rejoindre?

Eh bien! Alors, je veux mourir avec toi!…

Et plus que tu ne crois!…

Mon dieu, qu’est-ce que j’éprouve?

Pluton, redeviens toi-même! une! deux! trois! (Son costume de berger disparaît. – Il est vêtu en dieu des enfers.) Et maintenant, désorganisons les éléments. (Il fait un signe de son bident. Tonnerre. La nuit arrive subitement. – Après l’orage.) Chez moi, voilà comme on désorganise les éléments.

Dieu puissant! est-ce que je vais mourir?

Entièrement!… Lasciate ogni speranza!…

Je t’expliquerai pourquoi…

Ah! C’est étrange!…

Crac!… ça y est!… Une larme!… une larme! et partons! Avant de partir, abusons de notre divinité pour jeter un dernier défi au mari… (Il étend son bident sur la tête d’Eurydice, qui se réveille et se Dresse comme dominée. Pluton s’arrache une plume, et la lui donne en montrant du geste la cabane d’Orphée.) Voilà une plume… et tout ce qu’il faut pour écrire.

La rime n’est pas riche!… mais la richesse ne fait pas le bonheur! Et maintenant!… aux sombres bords!… Nous arriverons bien plus vite que par la barrière d’Enfer…

Ah çà! que diable y a-t-il donc de dérangé là-haut? je quitte mes leçons à la troisième heure et j’arrive en pleine nuit chez moi!… je n’ai pas encore dîné, et voici déjà l’heure du souper!… Que veut dire cette perturbation?… Ah! bah!… en somme, ça ne me fait qu’un repas au lieu de deux avec ma tendre épouse, c’est autant de gagné… C’est égal, il y a une éclipse, bien sûr!… (Il est arrivé devant sa maison ; l’inscription frappe ses regards.) Par Jupiter!… Que veut dire ceci!… L’écriture de ma femme!…

Comment, elle est morte!… ce n’est pas possible! Mais si!… elle est bien morte!… puisqu’elle le dit elle-même!… Merci!… merci!… Jupin!… (Il regarde avec inquiétude à droite.) Quelqu’un!… Mais non, personne!… je puis me livrer à ma joie. Courons apprendre ce bonheur à celle que j’aime!

Arrière!… ça ne se passera pas comme ça!…

Ciel! L’opinion publique qui me poursuit déjà.

Oui, l’opinion publique qui sait tout et qui vient t’arracher à ta joie inconvenante pour te faire expier ton forfait.

Tu vas me suivre dans l’Olympe, aux pieds de Jupiter, à qui tu redemanderas ton épouse adorée.

Moi! réclamer Eurydice! m’en préservent les dieux!

Pour l’édification de la postérité, il nous faut au moins l’exemple d’un mari qui ait voulu ravoir sa femme.

Mais je ne l’aime pas!

L’exemple n’en sera que plus frappant et plus glorieux pour toi!…

Mais je ne veux pas!…

Tu refuses!… tu aimes mieux ma vengeance! Eh bien! elle te poursuivra partout!… je te ferai perdre tes leçons!… on saura qui a dressé le piége où s’est prise Eurydice… on saura…

Scène PREMIÈRE

Pauvre Actéon! Qu’est-il devenu? Lui qui était là tous les jours, caché sous un buisson, pendant que… Ah! je le voyais très-bien!

Ce qu’il est devenu? Je vais te le dire! Tout ça était immoral dans la forme! Tu te compromettais avec ce jeune homme! Je me suis débarrassé de lui!

Je l’ai dit pour l’honneur de la mythologie! Corbleu! mes enfants, les faibles mortels ont l’œil sur nous! Sauvons les apparences au moins! Sauvons les apparences! Tout est là!

Vous les sauvez bien, vous!

Est-ce qu’il a encore fait quelque nouvelle escapade?

Mais non, ma bonne Junon… mais non… des cancans… de purs cancans… C’est les journalistes qui font courir des bruits sur moi pour me déconsidérer…

Du tout… du tout… Je suis sûr qu’il y a quelque chose… Monstre, va!… (A Diane.) Dis-le-moi, si tu le sais…

Madame, de la réserve!… pas de scène devant le monde!… Il y a temps pour tout!… Laissez-moi m’occuper des affaires intérieures de l’Olympe… Je reçois des plaintes de tous les côtés… Tenez!… (Il prend des papiers qu’il feuillette.) Mars?

Noble fils de Bellone, ton dossier s’est enrichi d’une plainte de Vulcain qui prétend…

Ce n’est pas vrai!

Elle l’a bien dit! Que ça soit vrai, que ça ne le soit pas, chaste Vénus!… ça m’est égal en principe… mais je vous en prie, mes enfants, de la tenue!… L’Olympe s’en va! vous le perdez par vos inconséquences.

Cupidon?… où est le petit?…

Allons, bien! le voilà qui fait la cour à Hébé, maintenant!… Et puis, l’ambroisie va brûler pendant ce temps-là!… (Il le prend par l’oreille.) Je te déclare, toi, gamin, que si tu continues nous nous fâcherons.

Si je t’ai donné des ailes… c’est pour que tu sois zélé… et tu es toujours en retard… A quelle heure es-tu rentré?… Recommence et je te mets au pain et à l’eau pendant huit jours et je te consigne… Allons! que chacun aille à sa besogne, en attendant l’heure de savourer le nectar et l’ambroisie… (Murmures.) Et que personne ne manque au déjeuner… Allez! j’ai entendu des rumeurs, voilà déjà plusieurs fois que je m’aperçois…

Dis donc, maman, est-ce que tu crois que ça peut durer comme ça?

Ah! il nous ennuie trop!…

Moi, d’abord… je dépéris ici… cet Olympe m’étouffe avec son implacable azur…

Si nous nous révoltions!…

J’ai mon idée… nous refuserons de…

Qu’est-ce qu’on marmotte dans ce coin-là!… On ne m’a donc pas entendu?…

Par ma foudre!… on a du mal à mener ces gaillards-là… J’en perds la tête!… Et, si ce n’était que ça… il faut encore que j’aie la jalousie de ma tendre épouse, qui ne cesse de… Bon!… encore elle!… quel crampon!… Je disais tout à l’heure à Vénus de se ranger… celle-là devrait bien se déranger un peu… C’est toi!… ma bonne!… qu’est-ce qu’il y a?…

Il y a que je ne puis plus vivre ainsi!… et que l’existence que vous me faites…

Qu’est-ce que j’ai encore fait, voyons?…

Ah!… n’essaye pas de me tromper… Les bruits de la terre montent jusqu’à moi…

Et quel autre que vous eût osé…

Vois, mon amie, où t’entraîne ton aveugle passion!… cet enlèvement, je le connais comme toi!…

Mes soupçons se portent sur quelqu’un, et nous allons bientôt savoir…

Rengaines que tout cela…

J’ai envoyé aux renseignements mon fidèle Mercure… Et si mes soupçons sont fondés… tu verras bientôt qu’un dieu qui punit, comme j’entends le faire, les escapades des autres, doit être le mari le plus fidèle, le plus constant…

Je ne vous crois plus, gros hypocrite!… Vous m’avez tant de fois trompée!…

Salut au puissant maître des cieux et de la…

Pas de phrase! au fait! Rends-moi compte de ta mission.

Seigneur, j’arrive en droite ligne des enfers!

Et Pluton? y régnait-il dans toute sa gloire?

Ce n’était pas Pluton qui y régnait! C’était une grande gaieté. Ils s’amusaient joliment, là-bas! et j’ai vraiment passé quelques moments agréables!

Pluton était sorti!…

Depuis quinze jours!

Ainsi, il avait découché?…

Et tu ne l’as pas vu?

Si fait!… Il est rentré aux enfers, il y a une heure!

Et d’où venait-il?…

Non pas! mais avec une jolie petite femme qu’il venait d’enlever à son mari!…

Tu sais son nom?…

Là! Je ne le lui fais pas dire!

Cela fait plaisir!…

Pas à tout le monde! (Haut.) Ah! le coquin de Pluton!… Et il va venir?…

A l’instant… je lui ai dit que vous l’attendiez!… J’entends le bruit des roues de son char.

Eh bien! je vais le traiter comme il le mérite!… Laissez-moi le recevoir!…

Tu ne me trompes pas, dis, Ernest?… il n’y a pas autre chose?…

Mais non, Bibiche!…

Enfin, ça va mieux! je vais manger!

Crampon, va!… (A Mercure.) Va-t’en voir s’ils viennent!… (Rêvant.) Cette petite Eurydice est donc bien jolie?…

Seigneur, le voilà!…

Salut au puissant maître des cieux et de la terre…

Assez!… assez!… je te fais grâce de la formule!…

Comme il me regarde!… Est-ce qu’il se douterait!… Détournons les soupçons!… Flagornons-le!… Ayons l’air de trouver son domicile agréable… J’ai justement une vieille tirade que j’ai lue quelque part… (Haut.) Ah! Avec quelle volupté je m’enivre des suaves émanations de cette atmosphère douce et vivifiante de l’Olympe ; heureuses divinités qui folâtrez sans cesse sous des cieux toujours bleus, tandis que je suis condamné aux sombres cloaques du royaume infernal!… Ici l’on respire une odeur de déesse et de nymphe, une suave odeur de myrte et de verveine, de nectar et d’ambroisie. On entend le roucoulement des colombes, les chansons d’Apollon et la lyre de Lesbos!… Voici les Nymphes!… voici les Muses!… Les Grâces ne sont pas loin!… Vous les verrez danser, calmes et bondissantes, aux douces clartés de la lune d’avril!… Tous les parfums sont déchaînés, et les parfums de la nuit, et les parfums du jour, et les parfums du ciel, et les parfums des Grâces, et les parfums des Muses, et les parfums des Nymphes!…

As-tu bientôt fini, avec ta parfumerie?…

Il va me donner un savon, il mousse!…

On n’en dira jamais assez sur votre bonheur!

Notre bonheur!… Tu fais semblant de croire que le bonheur se trouve près des Grâces et des Nymphes, toi!… Ce n’est pas mon avis, à moi!… Il paraît que je ne suis pas d’une nature nymphatique!… Mais laissons cela! et prête-moi une oreille attentive!… Roi des enfers, c’est moi qui vous appelle!… Il paraît, mon bonhomme, que tu te conduis comme le dernier des drôles!

Seigneur! Je suis fort!…

Tu mènes une existence de pacha!… D’abord, qu’est-ce que ces gamins que tu traînes avec toi?…

Du vin de Chypre!… Une hure!… Et nous qui sommes éternellement condamnés au nectar et à l’ambroisie! — Et c’est là ta nourriture habituelle?

Oui!… Oh! je n’aime pas les choses fades!… Il me faut du piment, beaucoup de piment!…

Ah çà! mais tu es le plus heureux des dieux!

Moi, seigneur!… heureux!

Oui, toi! Depuis quinze jours, que fais-tu?

J’habite le sombre cloaque de l’enfer. L’on n’y respire pas comme ici une odeur de…

Pas du tout! Tu habites une cabane aux environs de Thèbes.

Et tu as abusé de ton pouvoir en enlevant par la mort une épouse à son époux.

Ne nie pas! Je sais tout!

Ce n’est pas vrai!

Silence!… Quand je parle, on se tait!

Je ne suis pas habitué à la discussion!… Devant moi tout tremble!… (On entend des hurlements.) Qu’est-ce que c’est que cela?

Ça ne m’a pas l’air de cris d’obéissance, ni de cris d’enthousiasme, cela!…

Ils ont raison! Ces aliments sont fades!

Une sédition!… On refuse obéissance!…

On perd le respect à papa Piter!… ah! Vous ne voulez pas savourer le nectar et l’ambroisie?

Non!… non!… plus de nectar!… plus de nectar!…

Nous sommes confits!…

Nous avons du sirop d’orgeat dans les veines!…

Ils ont raison!… ils ont raison!…

C’est une révolte, alors?… Et vous ne rougissez pas de mettre à votre tête un bandit comme celui-là?…

Seigneur. Je ne suis pas un bandit!

Si!… un misérable qui abuse de sa position pour enlever des mortelles à leur mari!…

Ce n’est pas vrai!…

Voulez-vous des noms?

Oui! Vous avez dit : Citons… citez!…

Nous citerons!… nous citerons!… — Il vient de ravir la femme du violoneux Orphée, la belle Eurydice.

Ce n’est pas vrai!

Comment, après? Eh bien? et la morale? et l’opinion des mortels?…

Il faudrait pourtant s’entendre sur ta morale!… Tu en as fait bien d’autres, toi!… mon petit père!…

Là!… Qu’est-ce que je disais?

Ah! oui, parlons-en, de tes qualités domestiques… Je ne veux pas jeter la zizanie dans le ménage. Voyons, nous sommes ici en famille, ni hommes, ni femmes, tous dieux de première classe… Expliquons-nous!… Tu me reproches ce que j’ai fait… Si on te rappelait ce que tu as fait, toi?

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